MMORPG, choc des cultures ? (partie 2)
Comme nous l’avons abordé dans le précédent article, le MMORPG peut être considéré comme la rencontre entre le jeu vidéo classique et le jeu de rôle papier. Ce sont deux loisirs apparus dans les années 80 qui se sont bien complétés, se sont croisés au fil des années, mais diffèrent essentiellement par leur finalité et ont donc développé leur propre population de joueurs.
Ces communautés de joueurs n’ayant pas les mêmes attentes et objectifs, on voit donc souvent leurs opinions respectives se confronter et déclencher des débats récurrents entre les deux communautés.
Nous nous proposons dans cet article de passer en revue les différents aspects d’un MMORPG sous le regard de chacune des communautés, parfois complémentaires, parfois opposées.
Les différents aspects du MMORPG vu par les deux familles de joueurs.
1 – l’univers de jeu
Le monde de jeu est l’environnement virtuel dans lequel se déroulera le jeu. Dans les MMORPG, de par leur filiation avec les jeux de rôle, une attention particulière est apportée à son histoire, aussi appelée «Background », pour qu’elle offre un contexte cohérent.
Pour renforcer la crédibilité du monde, il contiendra bien sûr des éléments graphiques, mais aussi des personnages non joueurs (PNJ) dont le but est de donner corps et vie au monde, plongeant le joueur dans les intrigues et aventures. Ces dernières sont l’une des principales activités du MMORPG appréciées de tout joueur, mais pas forcément pour les mêmes raisons.
Pour le gamer, l’univers de jeu peut attirer son attention, il appréciera qu’il soit cohérent, mais c’est avant tout un prétexte au jeu, l’habillage. Quant aux PNJ, ce sont des éléments du jeu au même titre que le décor et ils se doivent de bien s’intégrer et de permettre d’accéder directement au contenu de jeu. Le gamer ne s’attardera pas forcément à lire tout le texte qui met en scène l’aventure dans laquelle il s’engage.
En terme de gameplay, il n’est d’ailleurs pas rare de voir surligner les points essentiels pour le gamer : les mots clés du texte et un résumé, en termes de jeu clairs, en dessous pour savoir l’essentiel de l’aventure : que faire, avec quelles conditions et pour quelle récompense. Le gamer sera avant tout attentif au nombre, à la complexité et à la récompense des quêtes données par les PNJ pour la qualité d’un jeu.
Pour le rôliste, l’univers de jeu va au contraire être essentiel, car c’est celui dans lequel il va s’investir et incarner un personnage. S’il ne s’y sent pas à l’aise, il s’en détournera assez vite.
Le contexte du monde va être épluché, le rôliste va chercher à y déceler les dessous et les intrigues qu’il peut générer, en améliorer les détails en proposant du contenu… Le rôliste va donc s’approprier l’univers de jeu et s’y projeter au travers d’un personnage dont il va détailler l’histoire personnelle avec parfois une grande minutie.
Quant au monde lui-même, le rôliste sera particulièrement sensible à sa cohérence graphique, son réalisme, la qualité d’intégration et la profondeur (histoire) des PNJs… tout pour s’immerger dans son personnage.
L’un des principaux avantages du jeu de rôle est de laisser au joueur une liberté quasi totale sur ses choix et son impact sur le monde de jeu, puisque le meneur de jeu les prend automatiquement en compte dans la suite de l’aventure. Le rôliste sera donc aussi attentif à la qualité scénaristique, la cohérence et la liberté d’action de l’univers de jeu et des quêtes proposées. La présence d’animation en jeu, véritables parties de jeu de rôle puisque les PNJ sont joués par des animateurs, sont un plus indéniable.
2 – les personnages
La création du personnage est un moment clé pour tout joueur. Il s’agit de créer l’avatar qui le représentera en jeu, il est donc important qu’il soit esthétique et puisse représenter le personnage idéal du joueur, qu’il puisse s’y identifier.
Notons que le rôliste sera particulièrement vigilant sur la diversité des détails offerte à la création du personnage. Ce sont souvent les joueurs les plus virulents quant à l’effet « clone », ne supportant de rencontrer son « jumeau » en jeu, puisqu’à l’image des Hommes, dans un monde virtuel chaque personnage devrait être unique.
Vient ensuite la façon dont va évoluer le personnage, un autre point clé des jeux dit RPG et venant directement du jeu de rôle. Là-dessus, à peu près tous les joueurs apprécient un choix important et complexe pour aboutir au meilleur personnage possible. La petite différence est que le gamer favorisera l’efficacité pour atteindre au plus vite la réussite, alors que le rôliste va d’abord chercher un rôle qui lui convient, donnant lieu a des choix parfois originaux.
Ce sont les gamers qui vont plus chercher à décortiquer les possibilités données dans l’évolution d’un personnage pour en tirer les chemins menant à l’efficacité. C’est ainsi que sont nés les « templates » très techniques pour maximiser le point recherché. Ainsi pour trouver le template du personnage faisant le plus de dégâts, le plus efficace en combat à distance…
Si avoir un personnage efficace intéresse tout autant le rôliste, ce ne sera pas toujours un point essentiel. Après tout, c’est tout aussi amusant de jouer un archer gaffeur ou un rat de bibliothèque incapable de tenir une arme qui sèmeront la zizanie dans le groupe.
Cela nous amène au dernier point sur lequel rôlistes et gamers sont TOTALEMENT à l’opposé, la communication en jeu et la façon de jouer son personnage.
Le gamer, cherchant toujours l’efficacité, va parler en terme de jeu, réduire le temps de discussion en abusant des acronymes et autres langages SMS et organisera ses actions pour atteindre l’objectif au plus vite.
Le rôliste reste quant à lui dans son rôle, il privilégiera les discussions à l’avancée dans le jeu, il sera attentif à son discours. Sans être forcément moins efficace, il est sûr que ça prendra plus de temps.
Et c’est d’ailleurs quand un groupe mêle hardcore gamers et rôlistes puristes que le drame se produit puisque ces derniers seront parfois tout sauf efficace, et donc contre productifs aux yeux du gamer. De leur côté, les rôlistes puristes ne toléreront pas qu’on se mette à parler du match de la veille ou qu’on parle avec un langage anachronique pour l’univers du jeu.
Gamers : « Bon, le caster tu fais ton AOE sur les mobs et les tanks vous prenez l’aggro ! » « Ok ! »
Rôlistes : « Mage, embrasez-moi cette plaine que ces maudits démons comprennent leur erreur ! On ne s’aventure pas ainsi sur les terres du comte ! Frères, sus à l’ennemi» « Heu, je veux bien messire chevalier, mais n’avez-vous point peur que cela embrase le verger par la même occasion ? »
D’accord, c’est un peu exagéré pour la démonstration, mais pas tant que ça, et je suis sûr que certains s’y retrouveront.
L’idéal est bien entendu de s’adapter à ses compagnons de jeu du moment lorsqu’il y a mixité. Accepter qu’un rôliste discute un peu et qu’un gamer ne soit pas « dans son personnage».
Pour satisfaire les différentes communautés, les jeux proposent parfois des serveurs dédiés roleplay ou PVP (mise en avant de la compétition entre joueurs).
Voilà qui conclut ce second article, dans le prochain nous aborderons les mécanismes de jeu, les attentes ludiques et les services qu’attendent chaque communauté d’un MMORPG.
Mis à jour (Jeudi, 01 Octobre 2009 13:35)








